Le temps de la grande épreuve

 

Si, jusqu'en 1948, le gouvernement communiste bulgare, en attendant de consolider son pouvoir, fit preuve d'une certaine retenue à l'égard de l'Eglise catholique, tout changea en 1949 avec une violente campagne de presse contre la religion et notamment contre l'Eglise catholique et le Vatican.

Après la loi sur les cultes du 16 février 1949, la délégation apostolique du Saint-Siège est fermée, les relations sont rompues avec le Vatican. Le ministre des affaires étrangères bulgares déclare: "le Vatican ne cache pas ses buts. Il est un ennemi implacable de l' Union soviétique, des démocraties populaires et du communisme". Un journal du parti "Varenski Novini" ( Nouvelles de Varna ) qualifie le pape Pie XII de "vaticanesque mercenaire de Wall Street", "d'obscurantiste" , de "Chacal moribond''. Des caricatures les plus viles illustrent les articles de la presse communiste. Tous les biens de l'Eglise, meubles et immeubles, ont été confisqués, les arrestations de prêtres et leur condamnation à la prison se multiplient.

Parmi les prêtres arrêtés, rappelons que l'on trouve déjà le Père assomptionniste Josaphat Chichkov depuis décembre 1951.

Le 4 juillet 1952, à quatre heures du matin, sept ou huit membres de la police secrète investissent le séminaire de Plovdiv et arrêtent les Pères Kamen Vitchev et Pavel Djidjov. Ils fouillent le séminaire de fond en comble.

Tout est en place maintenant pour un procès spectacle. L'acte d'accusation paraît dans la presse le 16 septembre. Le procès commence le 29 septembre et les peines sont prononcées le 3 octobre à 9h du soir. Parmi les accusés, quatre sont condamnés à mort, Mgr Bossilkov, évêque passionniste et les trois Pères assomptionnistes, Kamen Vitchev, Pavel Djidjov et Josaphat Ch.ichkov. On n'apprendra qu'après la chute du mur de Berlin qu'ils ont été fusillés le 11 novembre suivant à 23H30 dans la prison centrale de Sofia.

Ils sont condamnés comme "espions, comploteurs, et voulant préparer une guerre impérialiste contre l'URSS, la Bulgarie et les démocraties populaires".

Les preuves apportées sont inventées de toutes pièces... Torturés physiquement, humiliés, dans des conditions hygiéniques épouvantables, privés de sommeil et de nourriture, obligés de rester debout dans leur prison pendant 12 à 13 heures d' affilée, épuisés, terrifiés, dans des cellules surpeuplées, interrogés sans cesse, les accusés sont tous réduits à un état second. Il apparaissent hébétés, somnambules Dépersonnalisés, dans cet état, ils signeront n'importe quoi.

Du reste, les textes qu'on leur fait signer par contrainte dans le plus pur style des procès staliniens relèvent du même stéréotype. La personnalité des accusés a été détruite, fibre par fibre. Ils en arrivent à se reconnaitre coupables, éclatent en sanglots, demandent pardon. Et puis dans un ultime sursaut, ils se reprennent et se rétractent devant les juges, niant tout ce dont on les accuse.

Ainsi les Pères Kamen, Djidjov et Chichkov, selon les propos d'un témoin, transmis par l'ambassadeur de France à Sofia à Robert Schuman, alors ministre des affaires étrangères, "se sont rétractés au cours du procès". Et quand l'accusation intervenait pour les mettre en contradiction avec les faux aveux qu'ils avaient été contraints physiquement de signer, ils affirmèrent qu'ils avaient alors été battus, pieds et mains liés, torturés, ainsi que réussit à le dire le P. Didjov.

Une femme qui assistait à ce procès public à grand spectacle, a entendu le P. Pavel nier tout ce qu'on l'avait contraint à signer. Alors,"on l'a fait sortir. Quand il est revenu à nouveau dans la salle, il a commencé à tout avouer. Il répétait tout ce qu'on lui disait et avouait tout ce dont on l'accusait".

Une fois condamnés à mort, les quatre victimes ont été enchaînées et enfermées dans des cellules individuelles, les cellules 25, 26, 27 et 28.

Un condamné à la prison, le Père Goradz Kourtev, dont la cellule se trouvait dans le même corridor que celui des condamnés à mort raconte : " Par un stratagème, j'ai réussi à savoir que le Père Pavel se trouvait dans une des cellules du corridor. Il a demandé que je lui donne l'absolution à travers la porte. C'est ce que j'ai fait, tout en continuant de nettoyer le corridor avec un torchon près de sa porte. Ce fut mon dernier "contact" avec lui " .

La haine contre la foi et contre l'Eglise catholique a été à la base de la persécution et du faux procès intenté.

Le monde libre ne s'y est pas trompé et immédiatement, la presse a noté que les condamnés à mort étaient des martyrs de la foi. Dès l'annonce du procès, l'Osservatore Romano du 25 septembre soulignait la nature anti- religieuse et persécutrice de ce procès. Radio Vatican dénonçait l' "honteuse calomnie" de Sofia. Ce procès téléguidé depuis Moscou et préparé de longue date témoignait de la haine féroce contre l'Eglise catholique et la volonté communiste de l'anéantir.

Durant les longues années de silence où personne ne savait si les condamnés avaient été exécutés, les croyants bulgares et les catholiques de nombreux pays ont toujours considéré que l'évêque Bossilkov et les trois Pères assomptionnistes étaient de vrais martyrs.

Des centaines de témoignages en font foi. Le pape Jean-Paul II, le 26 mars 1994, promulguait le décret du martyre du Serviteur de Dieu, Eugène Bossilkov, "éxécuté en haine de la foi dans la nuit du 11 au 12 novembre 1952". Le pape rappelait qu'en même temps avaient été exécutés "trois religieux de la Congrégation des Augustins de l'Assomption". Il reste à l'Eglise catholique de reconnaître officiellement que ces trois religieux sont, eux aussi, des martyrs de la foi.

Jean-Paul II, en recevant le 1er juin 1992, les évêques de Bulgarie, n'a pas hésité à "évoquer les pasteurs qui, martyrs de la foi, furent condamnés à mort et exécutés, Eugène Bossilkov et trois Pères assomptionnistes, Kamen Vitchev, Pavel Djidjov et Josaphat Chichkov".

 

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