"Condamnés à être fusillés"

 

éditorial du Père Emile Gabel dans "La Croix " du 8 octobre 1952 .

 

"La lecture de la "Lettre des martyrs" de Lyon aux Eglises d'Asie nous jette dans l'admiration devant le courage des uns, la compréhension des autres, la solidarité de tous.

Aujourd'hui, les agences de presse offrent le récit de semblables événements en faits divers aux journaux du monde, et peut-être les prenons-nous un peu ainsi. Nous oublions que ce sont des frères qui sont persécutés et qui meurent.

La lecture du martyrologe nous avait familiarisés avec des noms: Néron, Dèce, Dioclétien; Nicomédie, Antioche, Carthage. On y parlait de gril, de plomb fondu, de glaive. D'autres noms dans le nouveau martyrologe et pourtant la même fidélité.

Le martyrologe n'est point terminé car il est du mystère de l'Eglise qu'il ne le soit jamais. Le Père Pavel Djidjov qui fut un peu mon fils, sera-t-il mentionné dans ces lignes que nous lirons peut-être un jour: "Aux Ides de novembre, l'an du Seigneur 1952, à Sofia, capitale de la République démocratique populaire de la Bulgarie, furent fusillés en haine de la foi et pour leur fidélité à l'Église catholique, après un simulacre de procès, un évêque et trois prêtres. Dans le même pays, en d'autres endroits, d'innombrables frères dont les noms sont inconnus furent jusqu'au sang fidèles à leur foi."


"Il s'agit bien d'une authentique persécution en haine de la foi. Situation particulièrement douloureuse: les martyrs d'aujourd'hui se voient souvent frustrés aux yeux du public de l'auréole dont les nimberait une franche et brutale condamnation. Leurs persécuteurs prétendent les assimiler à des prévenus de droit commun et les condamnent comme traîtres à la cause du peuple. (...) Que l'exécution de nos Pères ait déjà eu lieu ou qu'elle soit imminente, ou qu'un long Calvaire leur soit réservé, l'Assomption compte en eux ses premiers martyrs. Aussi la tristesse et l'indignation que nous éprouvons devant le sort qui leur est fait doivent-elles s'accompagner d'une légitime fierté. S. Exc. Mgr Beck estime que c'est un signe de l'affection spéciale de Dieu pour nous que, à l'aurore de notre deuxième siècle d'existence, Il veuille se choisir des Témoins parmi nous."

Père Wilfrid Dufault,

(4ème circulaire aux religieux, 9 novembre 1952, soit 2 jours avant l'exécution de nos frères)

 

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