LES OBLATES DE L’ASSOMPTION
EN ORIENT

1°/ Préliminaires 2°/ Fondation des Oblates de l'Assomption 3°/ Marie CORRENSON, co-fondatrice des Oblates de l'Assomption 4°/ LES OBLATES DE L’ASSOMPTION DE 1901 à 1926

 

                      / Préliminaires 


 
En 1862, lors d'une visite à Rome, le Père d’Alzon comprend que le Pape Pie IX souhaite que les Assomptionnistes créent une mission en Orient et aident les chrétiens Bulgares à se réunir à Rome.
Dès novembre 1862 le Père Victorin Galabert part en éclaireur à Constantinople pour étudier la situation. Il ne savait en fait ni ce qu’il devait entreprendre ni où il devait s’établir, sans moyens et sans hommes. Le Père d’Alzon le rejoint au Printemps 1863 pour se rendre compte par lui-même de la complexité de la situation.
Très vite le Père d’Alzon et le Père Galabert comprennent que les Assomptionnistes ont besoin d’être secondés par une présence religieuse féminine. D’où les appels répétés du P. Galabert au Père d’Alzon. Cela se passait en 1863-1864.

Un premier projet concerté en février 1864 avec Mère Marie Eugénie, prévoit la fondation d’une communauté de quatre religieuses pour une maison d’adoration et la création d’une école normale d’institutrices.
Mais, au long de l’année 1864 la situation se modifie.
Les Dames de l'Assomption, pour des raisons qu'elles expliquent elles-mêmes pensent ne pas pouvoir aller en Orient. Mère Eugénie et le Père d'ALZON veulent alors créer une troisième catégorie dans la Congrégation, un genre de Tertiaires qu'ils appelleraient des Oblates de l'Assomption. (T.D. 41. page 128).

Le 1.11.1864 le Père d’Alzon écrit à Mère Marie Eugénie :
«
Voici les propositions que je vous fais :
1° Donner aux Oblates de l’Assomption quelque chose de définitif, un peu au-dessous des Sœurs de chœur et au-dessus des Sœurs converses. Ce serait comme les Tertiaires dominicaines, vivant en communauté.
2° Je les prendrais pour les collèges en France, pour les écoles du peuple en Bulgarie et en Orient.
3° Leur costume, hors de vos maisons, serait noir comme celui de vos converses, avec le voile de laine ou le voile noir, à votre choix. Pas de manteau, mais votre grand voile noir pour sortir. La distinction me semble assez tranchée, et je vois, en même temps, assez de points de contact extérieurs.
4° J’ai tout de suite à ma disposition trois filles, dont deux très capables, Pauline en tête ; je lui ai parlé longuement à Lavagnac.
5° Si vous ne croyez pas devoir accepter des Oblates dans ces conditions, veuillez me le dire tout simplement, parce que je ferai alors une petite congrégation séparée, mais l’exemple des Dominicaines tertiaires me prouve que nous pouvons, il me semble, faire quelque chose d’analogue
". Lettre N° 2371

Le lendemain 2.11.1864 le Père d’Alzon écrit au Père Galabert :
«
Je n’écris pas non plus à M. Champoiseau, mais je vous prie de lui dire que j’ai écrit à la Supérieure Générale de l’Assomption, et qu’en dehors de ce qu’elle fera j’ai jeté les bases d’une petite Ecole Normale pour former des institutrices pour la Bulgarie. J’ai déjà quelques personnes. On préparerait des Françaises, puis on les enverrait à Philippopoli ou à Andrinople dans une maison où on les formerait à la langue du pays et où l’on attirerait des jeunes filles bulgares ; puis on les enverrait deux à deux, une Française et une Bulgare, dans les villages. Voilà une première idée, sauf les modifications qui pourraient surgir plus tard. Nos filles seraient accoutumées à un genre de vie plus dur que les Dames de l’Assomption, ce qui est nécessaire pour aller vivre au milieu de l’incivilisation" Lettre N° 2373

Et fin janvier le Père d’Alzon peut écrire au Père Galabert :
«
Le noyau des Oblates pour la Bulgarie se forme, la pierre fondamentale est en retraite.

La semaine prochaine nous en aurons deux autres. Priez bien le Bon Dieu pour que cela réussisse. » Lettre N° 2448

Les points de vue entre le Père d'ALZON et Mère M Eugénie divergent quant aux Règles à donner à ces Oblates, ce qui décide le Père d'ALZON à faire sa propre Congrégation.

Il en gardera le nom : Oblates de l'Assomption.

A partir de ce moment, on sent dans la Correspondance que les relations entre eux ne sont plus aussi libres, le ton est différent bien qu'ils gardent l'un pour l'autre une grande amitié.

Il ne serait pas exact de présenter la naissance de la congrégation des Oblates de l’Assomption comme le résultat direct du refus des Religieuses de l’Assomption de se rendre en Orient, car nous savons que le Père d’Alzon a cherché à intéresser plusieurs groupes de femmes à sa fondation en Orient : Adoratrices du Saint Sacrement (Eulalie de Régis, responsable du groupe des Adoratrices), tertiaires féminines de l’Assomption (Isabelle de Mérignargues), Enfants de Marie (Marie Correnson, présidente des Enfants de Marie) …

En 1864, le Père d’Alzon fut sur le point de fonder la Congrégation des Oblates, avec une certaine Pauline Sangnier, qui lui échappa des mains.

Le Père d’Alzon écrit à Mère Marie Eugénie le 22 février 1865 :
«
Je dois vous faire une petite confidence, Pauline a ravi vos Sœurs du Prieuré. Or, très involontairement elles lui ont si bien peint le bonheur de leur vie que Pauline veut à présent rentrer chez vous. Il y a là une position fausse à dégager. Si Pauline vous vient – et je ne m’y oppose pas – je suis contraint de laisser pour le moment l’œuvre des Oblates, et puis de ne plus adresser au Prieuré les filles capables, qui tout naturellement céderont à la tentation de quelque chose de moins dur que la vie que j’imposerai à nos futures maîtresses d’école. » Lettre N° 2460

Le Père d’Alzon put enfin recruter les six premières postulantes au noviciat de Notre-Dame de Bulgarie, à Rochebelle, près du Vigan, en mai 1865. Il fut aidé en cela par la Mère M-Eugénie de Jésus et deux de ses religieuses, qui furent successivement les premières maîtresses des novices des futures Oblates, dans les années 1865 à 1867.

 

                 / Fondation des Oblates de l'Assomption, missionnaires en Bulgarie
à Rochebelle, au Vigan


 


C’est bien sous ce vocable que l’on peut parler des origines de la Congrégation des Oblates de l’Assomption.

Le 23 mai 1865 le Père d’Alzon bénit la maison de Rochebelle : Notre Dame de Bulgarie où s’installent les six premières Oblates de l’Assomption :
Sœur Marguerite Bernasseau Sœur Thérèse de Jésus Salze
Sœur Madeleine Durand Sœur Louise Damènne
Sœur Marie de l’Annonciation Durand Sœur Véronique Villaret
Sur les six, seule Sœur Louise Damènne repartira assez vite.

Le 24 mai, c’est la date officielle de la fondation, le Père d’Alzon dit la première Messe dans la petite chapelle à gauche de la porte d’entrée.
Une quinzaine de nîmoises a été invitée à cette inauguration, parmi elles, Marie Correnson qui avouera plus tard « qu’elle a pleuré toutes les larmes de son corps de ne pouvoir faire partie de ce premier contingent ».
Le lendemain, Mgr Plantier bénit une statue de la Vierge placée dans le jardin.
Le samedi après l’Ascension les sœurs entrent en retraite. Et arrive la 7e petite pierre brute, Sœur Marie des Anges Clavier.

Le 29 mai 1865 le Père d’Alzon écrit au Père Galabert :
«
J’ai béni, mardi dernier, une maison où j’ai installé six pieuses filles, qui vont être suivies d’une vingtaine d’autres qui se destinent aux Missions de Bulgarie. La maison porte le titre de Notre Dame de Bulgarie. Elle sera composée d’une classe moins distinguée que les dames de l’Assomption, mais elles pourront aller dans les villages où l’on croira pouvoir leur confier des écoles. Les montagnes au milieu desquelles est posé Le Vigan, donnent des sujets plus aptes à porter la vie telle que les Bulgares se la font et nous pourrons trouver dans les villages des environs de très nombreuses vocations.
Ce seront des filles moins instruites, mais du moins plus dures à la fatigue. Par ce côté, peut-être feront-elles plus de bien.
» Lettre N° 2528

C’est la mise en route d’un noviciat de trois ans, ce laps de temps étant nécessaire pour les former à la vie religieuse et leur donner un complément d’instruction.

Le 31 Août 1866, alors qu’il y a une vingtaine de novices, cinq Oblates partent pour le collège de Nîmes où elles sont chargées de divers services : l’infirmerie, la lingerie. Le Père leur fait mettre un voile noir et leur donne la ceinture de cuir. Il ne semble pas que leur logement au collège ait posé de problème. Elles sont peu nombreuses et ne sont pas nîmoises.


 

                         / Marie CORRENSON, co-fondatrice des Oblates de l'Assomption
Depuis des mois le Père d’Alzon la prépare.


 
Marie Correnson, qui avait participé à la première Messe dans la petite chapelle de Rochebelle, commence le noviciat, en secret. Le 7 avril 1867, toujours en secret elle prend l’habit dans la chapelle du collège mais avec dispense de le porter.
Le départ de Mère Emmanuel Marie d’Everlange la convainc qu’il est temps de réaliser son départ en cachette de ses parents, dont elle sait qu’ils ne lui permettront pas de partir (elle a tout de même 25 ans). Depuis plusieurs mois du reste, elle jouait son rôle de protectrice auprès des Oblates de Nîmes, mais tout en restant à l’extérieur.

Le 27 juin 1867 Marie Correnson quitte le domicile familial comme si elle allait à la Messe.
Elle met son costume religieux et prend la diligence pour le Vigan en compagnie d’Isabelle de Mérignargues et de Louise Coulomb.

Les premières Oblates au Collège de l'Assomption de Nîmes
et le départ pour la Bulgarie

Pendant ce temps, on prépare à Nîmes l’arrivée d’un contingent plus important d’Oblates.
Une bonne douzaine de Sœurs est prévue. Elles assureront : la cuisine, la lingerie, l’infirmerie et l’entretien des dortoirs. Il est prévu aussi d’ouvrir une classe pour les petits garçons au rez-de chaussée du pavillon.

Le 6 octobre Mère Emmanuel Marie revient à Nîmes, ce sera désormais son lieu de résidence ordinaire.
Les Oblates sont déjà habituées à une vie rude. Elles acceptent tout simplement un dortoir qui ne paraissait pas suffisant pour les Frères Convers.

1868 est une année clé, qui voit les premières professions et les premiers départs en mission.

Un moment les rumeurs de guerre en Orient font envisager un retard. Mais le Père Galabert minimise ces bruits et réclame les sœurs avec insistance.

La constitution de la première équipe s’organise.
Le 18 avril 1868 Marie Correnson prononce ses premiers vœux qui sont aussi des vœux perpétuels en présence de la communauté.

« Cette profession a été la première comme il convenait pour la fondatrice des Oblates. »

Le lendemain 19 avril 1868 les cinq qui doivent partir pour l'Orient font à leur tour profession.


Thérèse Salze,


Marguerite Marie Bernassau


Valérie Sarran


Colombe Balmelle


Hélène Puech

Le 25 avril 1868, le Père d’Alzon, Mère Marie Eugénie et Mère Emmanuel Marie accompagnent les Sœurs à Marseille où elles embarquent.
Après une escale à Constantinople et une traversée de la mer de Marmara jusqu’à Rodosto les Sœurs continuent leur route par terre en char à bœufs peu confortable.
La première communauté d’Oblates arriva à Andrinople le 7 mai 1868.
A l’arrivée à Andrinople le Père Galabert les attend avec le consul de France et quelques Messieurs de la colonie européenne.
A peine quelques semaines d’installation, et le 24 mai 1868 trois ans après la fondation, elles ouvrent leur première école.
Sœur Valérie réussit parfaitement auprès des enfants du petit pensionnat. Elle sait transmettre le peu qu’elle sait. Sœur Marguerite est chargée de l’école gratuite, Sœur Thérèse et Sœur Colombe soignent les malades, Sœur Hélène a la charge de la cuisine.

C’est le début de la Mission des Oblates de l'Assomption en Orient.

En 1877, l’Assomption d’Orient connut le baptême du feu, à cause de la guerre russo-turque de libération de la Bulgarie.
La Bulgarie semblait une terre d’attente et de préparation.
La mort du P. d’Alzon en novembre 1880 ne changea immédiatement ni la stratégie ni les objectifs de son successeur, élaborés surtout en fonction des possibilités, des événements et des opportunités. La mission restait une aventure de foi dans un contexte difficile, assez étranger aux autres membres de la Congrégation.

Le renforcement numérique de la Congrégation est sans appel :
- en 1880, il n’y avait que deux communautés AA en Orient, l’une à Philippoli, l’autre à Andrinople
- en novembre 1881 les chiffres ont explosé sur place : 23 religieux et déjà 40 Oblates avec des œuvres multiples à Andrinople (pensionnat, orphelinat, école, alumnat), à Philippopoli et à Sofia.
- en 1912 la progression est encore plus forte : 125 AA en Orient avec 160 Oblates.


Les Oblates de leur côté multiplièrent leurs propres œuvres tout en assurant leur concours à celle des religieux : pensionnats, hôpitaux et dispensaires.
Du temps du P. Picard, on assista donc à un véritable transfert de l’Assomption d’Occident en Orient, motivé souvent par des considérations accidentelles ou historico-politiques.
Les œuvres dépendaient des contextes politiques nationaux et internationaux toujours mouvants, des alliances, des extensions diversifiées aussi de la Congrégation comme du soutien du Saint-Siège aux Eglises orientales.
La présence européenne fut déjà compromise lors :
- des guerres balkaniques (1912-1913) ;
- la première guerre mondiale (1914-1918) plaça la Turquie et la Bulgarie aux côtés des puissances centrales, l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie, contre le front allié occidental (France, Angleterre, Italie) et oriental (Russie) ;
- l’expulsion tragique des minorités chrétiennes (surtout grecque et arménienne) de tout l’ex-empire ottoman s’accompagna de pénibles transferts de population après les traités de paix et d’un sursaut nationaliste turc.
- Ataturck développa après 1922 une conception laïque et même laïciste de la Turquie qui anéantit quasiment la surface publique des religions chrétiennes et la limita à un strict exercice du culte sans possibilité de rayonnement social.

Dans ces conditions, la Mission d'Orient se développera très vite en quatre directions:
• vers l'intérieur de la Bulgarie (Plovdiv, Yambol, Ruschouk, Varna) ;
• vers la Turquie - la Turquie d'Asie, l'Arménie ;
• vers la Yougoslavie (Belgrade) ;
• vers la Roumanie en 1925 (Beïus, en Transylvanie, et Bucarest).
 

 

        / LES OBLATES DE L’ASSOMPTION DE 1901 à 1926



Pour raconter cette période, il faut faire séparément l’histoire des Oblates de Paris et de Nîmes, et même, à partir de 1912, de la branche de Bordeaux, devenue les Oblates de Notre Dame de la Consolation. Elles ne sont jamais allées en Orient !


Les Oblates de Paris sont 249, dont 129 en Orient, auxquelles il faut ajouter 37 novices et 15 postulantes.
En 1914, elles comptent :
- en France : 21 communautés
- en Belgique : 3 communautés
- en Angleterre : 1 communauté
- en Orient : 12 communautés.
Le nombre de sœurs par maison varie de 57 à Passy, y compris le noviciat, ou 45 au Cours la Reine (Bonne Presse) à 3 à Montfort.

En 1900, les Oblates de Nîmes comptaient :
- à Nîmes : 21 professes, 13 novices, 1 postulante
- à Marchienne : 11 professes
- en Orient : 9 sœurs à Tokat,
8 à Marsivan
Au total : 4 c-tés - 49 sœurs
14 novices ou postulantes
Ce qui n’était pas peu, comparé à l’unique communauté de 15 professes et 8 novices et postulantes de 1882.


Les OBLATES DE L’ASSOMPTION DE NIMES 1882 - 1914

A noter qu’après la rupture de 1882 entre Mère Correnson et le Père Picard, la branche des Oblates de Nîmes, voulant rester fidèles aux directives orientales du P. d’Alzon, fonda avec l’aide des Jésuites plusieurs postes de mission en Arménie turque (Amassia, Marsivan, Tokat, Trebizonde).

Mission d’Arménie

A Nîmes, on n’avait pas oublié le but assigné par le P. d’Alzon et, répondant à la demande d’un évêque de Trébizonde, les Sœurs prirent le chemin de la mission, mais cette fois, en Arménie.
Le départ fut fixé pour septembre 1889. Le voyage fut long et mouvementé. Elles résidèrent d’abord à Trébizonde et Marsivan puis la communauté de Trébizonde fut transférée à Tokat. Amassia fit aussi partie de la mission.

Comme dans toutes les fondations, les débuts furent pénibles, mais les vocations ne tardèrent pas à arriver. Les écoles et dispensaires qu’elles créèrent fonctionnèrent jusqu’en 1914. Les Sœurs se dépensèrent particulièrement pendant l’épidémie de choléra de 1894 et les massacres d’Arménie de 1896.
Quand sonna l’heure de la première guerre mondiale, les religieuses furent rappelées en France et laissèrent dans leur pays d’origine les deux Sœurs arméniennes que comptait la mission. Ces dernières furent accueillies par une communauté indigène, puis moururent en déportation. La mission d’Arménie ne devait pas ressusciter.
 

                                      

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