Brève histoire de Saint-Louis-des-Français

 

Par un accord conclu avec la France le 31 décembre 1786, les Français vivant en Russie reçoivent l’autorisation d’ouvrir leurs églises: une liberté totale de confession est accordée aux sujets français en Russie, et en vertu de la tolérance parfaite qui est octroyée à toutes les religions, ils peuvent accomplir librement les devoirs de leur religion, célébrer les offices selon leur rite aussi bien dans leurs maisons que dans leurs églises, sans jamais rencontrer pour cela aucune difficulté.

Au lendemain de la prise de la Bastille à Paris, le vice-consul de France à Moscou, Monsieur Condert de Bosse, demande à l’impératrice la permission de construire une église française à Moscou. La paroisse Saint-Louis-des-Français à Moscou fut créée par Catherine II en 1789 par un décret adressé au général Eropkine, commandant en chef à Moscou et chargé des questions religieuses. L’autorisation de construire est accordée le 5 décembre 1789 sur un terrain situé en plein coeur de Moscou dans le faubourg allemand.

En attendant que soient réunis les fonds suffisants pour élever l’église, les français célèbrent leurs offices dans la maison du vice-consul. Ce n’est qu’au début des années 1830 que l’église actuelle est élevée. Le 24 novembre 1835, l’église française de Saint-Louis est consacrée par le vice-doyen de Moscou, Igor Motchoulevski, en présence «de toutes les autorités de la ville».

Après la Révolution d’Octobre, la plupart des églises de Moscou sont fermées ou détruites. Monseigneur Vidal, curé de Saint-Louis de 1913 à 1920, raconte dans sons livre («À Moscou durant le premier triennat ») ce que fut la révolution pour l’église, le curé et les paroissiens.

L’église de Saint-Louis-des-Français restera l’une des seules églises à Moscou à pouvoir exercer le culte sous les auspices d’un très encombrant voisin – la Tchéka (ancêtre du KGB). Elle bénéficiera cependant d’un traitement de faveur : le curé n’aura pas à remettre au commissaire du peuple les sceaux, les tampons et les timbres blancs qui authentifient les actes de baptême, de mariage et de décès des paroissiens : d’autre part, il ne semble pas que l’ouverture des reliques, ordonnée par Lénine en 1922, pour dénoncer ce qu’il appelait la supercherie du clergé trompant les croyants par la vénération du corps des saints soit-disant incorruptibles, ait provoqué d’incidents à Saint-Louis.

Néanmoins, depuis le départ de Monsieur Vidal en 1922, Saint Louis n’a plus de desservant régulier. Il n’y avait plus, pour assurer le culte catholique à Moscou, que deux prêtres ne comprenant que le polonais et le russe, et devant pourvoir aux besoins spirituels de 25 000 à 30 000  catholiques, aussi bien de langues française, allemande ou italienne que de langues russe ou polonaise.

Plusieurs fois, les soviets voulurent fermer Saint-Louis malgré le dévouement parfois héroique des paroissiens. Après le décret sur la saisie des biens précieux en Russie pour secourir les affamés, an avril 1922, le métropolite Antonin ordonna qu’on enlève les vases sacrés de l’église de Saint-Louis. Cette ordonnance ne trouva pas d’écho chez les paroissiens qui réunirent l’argent nécessaire pour éviter le sacrilège.

L’église Saint-Louis-des-Français devient, dans les années vingt le foyer vivant de l’église de toute la Russie. Son curé aide les prêtres des paroisses et les administrateurs apostoliques qui exercent leur ministère dans des conditions dificiles, sans revues ni livres ni théologie. Après la vague de reconnaissances diplomatiques de 1924 et l’arrivée d’un curé français, Saint-Louis s’impose comme l’église du corps diplomatique.

Lorsque le P. Neveu arrive à Moscou en 1924, Staline occupe le poste de secrétaire général du parti, et la politique religieuse est son domaine reservé. Le « petit père du peuple » organise des mascarades blasphématoires et apporte son soutien aix athéistes militants.

L’église en Russie devient de plus en plus seule après l’accord passé entre les soviets et le métropolite Serge, le 29 juillet 1927. Elle ne peut compter que sur elle-même et rentre dans la clandestinité. Des nombreux pères, des évêques sont secrètement consacrés en l’église de Saint-Louis.

La vie de Monseigneur Neveu, évêque de toutes les Russies, est un vrai calvaire. Il est constamment suivi. Bientôt tous les membres du clergé sont déportés, exilés ou fusillés. En même temps que la collectivisation se poursuit au prix de dix millions de victimes, la police participe à des rafles, à l’expropriation des dernières maisons et monte des procès truqués contre les prêtres catholiques.

Les grandes purges continuent à martyriser les prêtres. Après le départ en 1950 du père Jean de Matha Thomas, dernier curé de la période stalinienne, la charge de la paroisse fut prise par des prètres soviétiques orginaires des pays Baltes, soumis à la surveillance du Conseil pour les affaires religieuses jusqu’en 1990.

Depuis la révolution de 1991, l’église est remise à la disposition de la paroisse française. Un nouveau curé, le père Bernard Le Léannec, y est nommé après la restauration de la hiérarchie catholique en Russie. L’église de Saint-Louis-des-Français est le symbole du catholicisme en Russie, de la liberté et de la tolérance religieuse. Elle fut visitée successivement par le général de Gaulle le 3 décembre 1944, Konrad Adenauer, le président Lech Walesa et d’aures personnalités politiques et religieuses. 

Aujourd’hui, l’église catholique est admise en Russie, mais son existence est toujours troublée. À Moscou, en même temps que Saint-Louis, d’autres paroisses ont été enregistrées officiellement (les paroisses polono-russes de l’Immaculée Conception et des Saints Pierre et Paul). Elles n’ont toujours pas retrouvé leurs églises et leurs biens, et doivent encore aujourd’hui être hébergées à Saint-Louis pour leurs services religieux et leurs activités pastorales.

 

 

 

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