Vendredi matin . Lavement des pieds


Nous voici au dernier jour de cette retraite. J’espère que nous sommes prêts maintenant à affronter sous des nouvelles perspectives notre vie quotidienne. Bien sûr, cela ne va pas être facile. Mais l’important est de rester ouvert, de ne rien dramatiser, et que notre référence soit toujours Jésus Christ, sa parole et ses gestes.
Pour terminer cette retraite, je fais vous proposer un évangile pour la méditation, dont nous n’avons pas l’habitude de mettre en pratique.

Peut-être parce que c’est très difficile de le réaliser ? Ou bien cela nous semble impossible ?

Ou bien cela demande un changement complet dans notre vie, ce à quoi nous ne sommes pas prêts ? Et pourtant ce passage d’Evangile doit nous conduire constamment dans notre vie communautaire.
Quel peut bien être cet évangile, d’après vous ?
Voilà, je vais vous le lire.

Jn.13/1-15

« Avant la fête de la Pâque, Jésus, sachant que son heure était venue de passer de ce monde vers le Père, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu'à la fin.
Au cours d'un repas, alors que déjà le diable avait mis au cœur de Judas Iscariote, fils de Simon, le dessein de le livrer, sachant que le Père lui avait tout remis entre les mains et qu'il était venu de Dieu et qu'il s'en allait vers Dieu, il se lève de table, dépose ses vêtements, et prenant un linge, il s'en ceignit. Puis il met de l'eau dans un bassin et il commença à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge dont il était ceint.
 

Il vient donc à Simon-Pierre, qui lui dit : « Seigneur, toi, me laver les pieds ? »
Jésus lui répondit : « Ce que je fais, tu ne le sais pas à présent ; par la suite tu comprendras. »
Pierre lui dit : « Non, tu ne me laveras pas les pieds, jamais ! » Jésus lui répondit : « Si je ne te lave pas, tu n'as pas de part avec moi. »Simon-Pierre lui dit : « Seigneur, pas seulement les pieds, mais aussi les mains et la tête ! »


Jésus lui dit : « Qui s'est baigné n'a pas besoin de se laver ; il est pur tout entier. Vous aussi, vous êtes purs ; mais pas tous. » Il connaissait en effet celui qui le livrait ; voilà pourquoi il dit : « Vous n'êtes pas tous purs. »
Quand il leur eut lavé les pieds, qu'il eut repris ses vêtements et se fut remis à table, il leur dit : « Comprenez-vous ce que je vous ai fait ?

Vous m'appelez Maître et Seigneur, et vous dites bien, car je le suis. Si donc je vous ai lavé les pieds, moi le Seigneur et le Maître, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres.

Car c'est un exemple que je vous ai donné, pour que vous fassiez, vous aussi comme moi j'ai fait pour vous. »

Je pense que vous avez reconnu l’Evangile : le lavement des pieds. De fait, qu’est-ce qu’il y a de difficile à accepter dans ce geste pour celui qui le fait et pour ceux auxquels il est fait ?

Je pense que ce geste est troublant : d’un côté on peut l’accepter et l’on accepte, de l’autre côté on le refuse absolument. D’où vient cela ?

Est-ce que cela se pratique dans nos communautés : le lavement des pieds de nos frères et de nos sœurs ? Est-ce que cela se pratique dans nos sociétés ?

Comment on verrait un supérieur ou bien un président d’une société ou d’un état, laver les pieds à ses subordonnés ? Quelle sera la réaction des gens ?
D’après l’Evangile que nous venons d’entendre, cet événement se passe lors d’un passage. Au début St. Jean nous dit : « Avant la fête de la Pâque, Jésus, sachant que son heure était venue de passer de ce monde vers le Père, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu'à la fin. »
La Pâque, c’est le passage. Pour le Christ c’est le passage de ce monde à son Père. Et c’est dans ce passage qu’Il aime les siens jusqu’à la fin.
Le passage d’un côté à l’autre est toujours un risque.

Mais le passage est aussi, et en même temps, une ouverture. Si l’on ne passe pas par cette ouverture, on reste enfermé. Ce qui est intéressant, c’est que le Christ ne fait pas ce passage à cause de lui, mais à cause des siens, comme nous le dit l’Evangile.

 Et il semble que ce passage est le point ultime de son amour pour eux. Un jour il disait, justement après ce passage d’Evangile, qu’ « Nul n'a plus grand amour que celui-ci : donner sa vie pour ses amis.» (Jn.15/13)
Ce qui est troublant c’est que ce lavement des pieds est le sommet de l’amour : « ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu'à la fin. » Comment est-ce possible : le plus grand amour c’est le lavement des pieds ? c’est la fin, le sommet de l’amour ?
Est-ce que cela nous trouble ? Est-ce que cela peut se comprendre dans nos communautés ? Ou bien est-ce seulement une pratique réservée au prêtre le Jeudi Saint ?
Tout cela ce passe au cours d’un repas.

Et le repas est un moment où l’on est tous ensemble. C’est un moment privilégié où se découvre et où l’on vit un esprit communautaire. C’est là que se manifeste notre vie communautaire. Parfois on ne vit pas dans cet esprit. On pense à autre chose. On ne regarde pas le visage de l’autre.
C’est intéressant de constater que ce grand amour se passe justement au cours d’un repas.

 St. Jean nous dit : « Au cours d'un repas, alors que déjà le diable avait mis au cœur de Judas Iscariote, fils de Simon, le dessein de le livrer, sachant que le Père lui avait tout remis entre les mains et qu'il était venu de Dieu et qu'il s'en allait vers Dieu, il se lève de table, dépose ses vêtements, et prenant un linge, il s'en ceignit.

Puis il met de l'eau dans un bassin et il commença à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge dont il était ceint. »
C’est dans ce moment où Judas a déjà dans son cœur l’intention de le livrer, où Jésus Christ sait que le Père a tout remis entre ses mains, qu’il est venu de Dieu et qu’il y retourne, c’est à ce moment qu’il lave les pieds des disciples. Il ne fait rien pour empêcher le Judas de le livrer, mais même il lui lave les pieds. Est-ce compréhensible cela ?
La réaction de Pierre nous semble plus proche, et plus normal pour nous.

Il dit à Jésus : « Seigneur, toi, me laver les pieds ? » En ce temps-là, les pieds des gens ne devaient pas être très propres. Pierre l’appelle : « Seigneur », et un Seigneur de laver les pieds à un pêcheur ?! Cela lui semble complètement anormal. Cela perturbe toutes ses références. Parce que cela va le pousser à changer tout son raisonnement, ce qui est anormal. Voilà pourquoi il n’accepte pas la réaction du Christ qui lui dit : « Ce que je fais, tu ne le sais pas à présent ; par la suite tu comprendras. » Il semble que Pierre ne veut rien par la suite.

Lui, il a son opinion sur l’affaire et cette parole du Christ ne peut pas le dissuader. C’est pourquoi il lui dit : « Non, tu ne me laveras pas les pieds, jamais ! » On dirait que Pierre pressentait quelque chose dans ce geste.
La réponse du Christ est très forte quand il lui dit : « Si je ne te lave pas, tu n'as pas de part avec moi. » C’est curieux tout cela. A cause du refus d’un lavement des pieds, on n’a pas de part avec le Christ. Cela veut dire peut-être que pour prendre part avec le Christ à sa table, il faut se laisser laver les pieds par lui.

On voit que Pierre s’est laissait convaincre par cette parole du Christ. Il semble que Pierre, tout de même, il préfère avoir part à la table du Christ, à être avec lui. C’est pourquoi il exagère en lui disant : « Seigneur, pas seulement les pieds, mais aussi les mains et la tête ! »Les disciples ont, malgré toute l’incompréhension, accepté ce geste du Christ. Mais il semble que ce geste va très au-delà.

Et la première question du Christ vers les disciples est justement la compréhension. Il leur dit : « Comprenez-vous ce que je vous ai fait ? Si leur pose cette question il voit certainement qu’ils n’ont pas compris ce geste. Et pour nous, est-ce que ce geste est compréhensible ?
Le Christ a certainement vu que ce geste dépasse leur compréhension et c’est pourquoi il leur donne la réponse à cette question en leur disant :

« Vous m'appelez Maître et Seigneur, et vous dites bien, car je le suis. Si donc je vous ai lavé les pieds, moi le Seigneur et le Maître, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres.

Car c'est un exemple que je vous ai donné, pour que vous fassiez, vous aussi comme moi j'ai fait pour vous. »
Voilà quelque chose qui peut être choquant et pour les apôtres et pour nous. « Vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. »

Est-ce que quelque chose de pareille est acceptable pour nous ? « C’est un exemple que je vous ai donné, pour que vous fassiez, vous aussi comme moi j'ai fait pour vous. »
Qu’est-ce qu’il y a de difficile dans ce geste du Christ ? Pourquoi le Christ a pu le faire, justement dans un moment difficile pour sa vie, et pour nous cela nous semble inimaginable ? Qu’est-ce qu’il y de difficile dans ce geste ?
Ce geste, justement, demande une grande humilité de notre part. Et c’est cela qui nous semble impossible. C’est vraiment inimaginable, un Dieu qui s’abaisse, qui s’agenouille pour laver les pieds aux hommes ?
Il semble que pour aller vers Dieu il faut passer par ce geste de lavement des pieds les uns aux autres. On dirait qu’il n’y a pas d’autre chemin pour joindre Dieu, pour avoir part au repas du Seigneur.
Est-ce que nous sommes conscients de cela ? Est-ce que nous sommes prêts à un geste pareille dans nos communautés ou bien cela reste en dehors de notre programme de vie ?
En terminant cette retraite, je vous conseille d’avoir dans votre salle communautaire une icône de lavement des pieds des apôtres par le Christ.

Et de plus, cette icône de lavement de pieds doit devenir votre communauté dans laquelle vous vivez. Vous devez devenir cette icône.
Que l’Esprit Saint vous guide dans la réalisation de cette icône.
(Voici quelques passages du livre : « De l’icône au festin nuptial » pour la méditation)
(p238) « Accueillir un visage, le toucher du regard, y pénétrer avec amour et compassion, c’est ainsi toucher l’icône du Christ »:


« Recevoir le Christ en Eglise fait que mon indignité est transcendée par la sainteté de cette dernière. Cela explique que l’Esprit Saint peut aussi, malgré l’indignité du prêtre, descendre sur l’assemblé et sur les Saints Dons, parce que c’est l’Eglise qui célèbre.

En ce sens, l’Eglise est une assemblée de personnes et non d’individus, incluant le monde invisible et ceux qui crient vers le ciel du fond de leur cœur.

Dans un monde post-chrétien, la mission des chrétiens consiste précisément à porter les autres vers le Christ, comme le fut autrefois le paralytique qui, sans cela, n’aurait jamais été guéri. »


(p247) « Comme avec l’icône, la relation avec le frère se crée par l’Esprit. Effectuée dans la prière, la rencontre de l’autre au Nom du Christ devient un événement prophétique par l’observation du commandement d’aimer le prochain comme soi-même, prochain qui devient, selon l’expression de saint Silouane l’Athonite, ‘la Vie de ma vie’ »

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