Mardi matin


J’espère que vous avez passé une bonne nuit et que nous pouvons continuer notre réflexion sur le péché.
On a vu combien le péché est présent dans notre monde de chaque jour. Combien il est présent dans la vie de nos communautés.
Je disais hier matin que ce qui nous uni dans la communauté, ce qui nous lie entre nous, c’est le péché.

Peut-être qu’on n’est pas d’accord avec cette constatation, mais si l’on analyse nos pensées, nos regards, nos remarques, nos gestes, on verra que c’est rempli avec pas très bienveillantes intentions.
Alors, je vous propose aujourd’hui et jusqu’à la fin de notre retraite cette icône. Elle a son origine comme icône dans l’Eglise « Aya Sofia » à Istanbul.

Il faut qu’on essaie de se l’approprier personnellement et qu’on la garde dans la vie de chacun de nous et ainsi dans notre communauté. Seulement ainsi elle deviendra effective.
Qu’est-ce qu’il y a dans cette icône ?
Je vais vous dire ce que moi je vois, mais vous, vous allez découvrir aussi beaucoup d’autres choses pour votre vie.
Qu’est-ce que je vois ?
Bien sûr, je vois Jésus Christ, ressuscité. Je pense que derrière lui est le tombeau ouvert, d’où il est ressuscité. On le voit qu’il est dans un état de tension. De fait, il est entrain de tirer avec les deux mains deux personnes. Ces deux personnes sont Adam et Eve.
Il fait des efforts pour les tirer. Il semble que ce n’est pas facile de les tirer.

 On dirait qu’ils ont du poids ou bien qu’ils ne sont pas prêts à bouger. Il faut employer une grande force pour les relever.
Où se trouvent Adam et Eve ?
Chacun d’eux est dans son cercueil où ils ont été enfermés lors de leur mort. Il est compréhensible qu’il ne soit pas facile de sortir quelqu’un de son cercueil, surtout s’il est resté longtemps enfermé. Ils ne sont pas dans le même mais chacun a le sien. Et pourtant ils ne sont pas loin l’un de l’autre.
Les planches ( ?) avec lesquels ils ont été enfermés se trouvent en forme de croix sous les pieds du Christ ressuscité. Le Christ marche sur eux.
On dirait que le lien entre Adam et Eve se fait par le Christ ressuscité. Il s’appui sur la croix fait par les deux planches qui les couvraient dans leur cercueil.
Ce qu’on peut constater, c’est qu’avant le Christ ressuscité, leurs cercueils ont été l’un à côté de l’autre, ont été proches, mais ils étaient enfermés chacun dans le sien.

C’est comme dans un cimetière : il y a beaucoup du monde, mais chacun est enfermé dans son tombeau. Ils sont multitude les uns à côté des autres, mais chacun reste enfermé ; pas de contact entre eux.

C’est peut-être la vocation de la mort ?!

On est tous ensemble, mais pas de contact.

Et cela est peut-être le signe que la mort est présente, même si l’on vit encore biologiquement.
Il semble, selon moi, qu’avec Eve, le Christ emploie plus de force.

On dirait qu’elle ne veut pas sortir ou bien que quelque chose la retient, ne lui permet pas de se lever, de sortir.
Sous les deux planches qui couvraient les deux cercueils, qu’est-ce qu’il y a ? D’abord, c’est noir. On voit les restes des clefs qui sont cassées. On voit aussi d’autres outils et d’autres pièces qui servaient pour enfermer bien les choses. Tout cela est cassé. Et à la surface de tout cela se trouve un corps couché et qui est lié. Il représente le diable. Il semblerait que, lorsque seulement lui il est lié, Adam et Eve peuvent sortir de leur enfermement.
Il est intéressant que bien qu’il soit dans le noir, lui il ne soit pas du noir. Est-ce avec cet éclairage qu’il attire vers lui ?
On dirait, qu’avant la Résurrection ce qui faisait le lien entre Adam et Eve, c’était lui, le diable, c’est-à-dire le péché.

C’est le péché qui les tenait enfermé chacun de son côté, bien qu’ils étaient l’un à côté de l’autre. C’est intéressant, ce qui les tient ensemble c’est le péché.

Ce qui les tient ensemble c’est ce qui les sépare. C’est curieux, ce qui nous tient ensemble c’est ce qui nous oppose. Est-ce que c’est encore une vie ? Peut-être cela peut se trouver dans nos communautés. Ce qui nous lie c’est le péché.
Tout cela me rappelle un versé du psaume 54 que nous lisons souvent dans la petite heure – sexte. Voici ce que dit ce versé :

« il montre un visage séduisant, mais son cœur fait la guerre ;sa parole est plus suave qu’un parfum,mais elle est un poignard. »

Je voudrais bien vous citer un passage du sermon de St. Augustin dans la nuit pascale à ceux qui vont être baptisés. Voici ce qu’il dit au sujet du péché et qui peut être intéressant d’y réfléchir personnellement. C’est une explication de Notre Père, et plus particulièrement de la phrase :

« Remettez-nous nos dettes comme nous remettons les leurs à ceux qui nous doivent »
Voici ce qu’il dit :
« Vous vous abstenez, je le veux, de l’idolâtrie, des pratiques de la magie, des remèdes des sorciers. Vous ne vous laissez pas séduire par les hérétiques ni entraîner au parti des schismatique ; vous fuyez l’homicide, l’adultère, la fornication, le vol, les faux témoignages ; vous évitez enfin d’autres crimes, dont je ne parle pas, qui font à l’âme de mortelles blessures, qui entraînent comme conséquence l’interdiction de la Table sainte, et qui lient sur la terre comme on est lié dans le ciel, état funeste et digne de la mort éternelle si le coupable ne se fait délier sur terre pour être délié dans le ciel.

Vous n’avez pas commis de pareilles fautes, soit ; mais il est bien d’autres sujets de péché pour l’homme : regarder avec une certaine complaisance ce qu’il n’est pas permis de voir, c’est le péché ; et il n’est pas facile de réprimer cette rapidité du regard, puisque l’œil dit-on, tire son nom de cette rapidité même. (ociter – inusité – ocius, oculus.)

Maîtriser l’oreille n’est pas plus facile.

Tu peux fermer les yeux quand tu veux, et c’est vite fait ; fermer les oreilles exige un certain effort ; les mains doivent intervenir ; c’est par elles que tu arrives aux oreilles, mais si quelqu’un te tient les mains, les oreilles restent ouvertes et il te faut entendre les paroles médisantes et impures, les flatteries, les tromperies.

Même entendre ce qui ne convient pas, sans aller jusqu’à le faire, n’est-ce pas déjà pécher par l’oreille ?

Tu écoutes avec plaisir des propos mauvais, et que de péchés ne commet pas une langue venimeuse, péchés si grands parfois qu’ils interdisent aux chrétiens l’accès de l’autel, comme par exemple les blasphèmes, sans compter un flux de paroles dont la frivolité le dispute à l’inconvenance.

Et à supposer que la main ne fasse aucun mal, que le pied ne donne son concours à aucune œuvre mauvaise, que l’oeil ne se délecte pas de spectacles lascifs, que l’oreille ne prête aucun complaisance aux paroles honteuses, que la langue enfin s’interdise tout propos déplacé, et les pensés, qui donc est capable de les brider ?

Ah ! mes frères, la plupart du temps, au milieu même de nos prières, des pensées étrangères viennent soudain nous faire oublier Celui devant qui nous nous tenons, Celui devant qui nous sommes prosternés !

Cette multitude de petites fautes, à force de s’amonceler contre nous, ne nous accableront-elles pas ?

Peu importe que tu sois accablé sous du plomb ou sous du sable ! Le plomb ne fait qu’une masse. Le sable est composé de petits grains, mais leur abondance peut t’écraser. Petites sont mes fautes, dis-tu.

Mais ne vois-tu pas qu’une infinité de petites gouttes remplissent les fleuves et font crouler les terres ! Les fautes sont petites ; peu importe si elles sont nombreuses. »
St. Augustin, Sermons 56
 

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