Jeudi soir

 

Bonjour à toutes (à tous). J’espère que vous avez bien médité et que le passage de l’Evangile concernant la guérison de l’obsédé par la Légion ne vous a pas trop perturbé, mais au contraire, vous a aidé à ouvrir plus grandement votre esprit.
Cet après-midi, on prendra pour la réflexion et la méditation un autre passage de l’Evangile qui touche les personnes bien réelles. C’est le passage de l’Evangile de St. Jean au chapitre 8/1-12. Voici ce passage :
« Quant à Jésus, il alla au mont des Oliviers.
Mais, dès l'aurore, de nouveau il fut là dans le Temple, et tout le peuple venait à lui, et s'étant assis il les enseignait. Or les scribes et les Pharisiens amènent une femme surprise en adultère et, la plaçant au milieu, ils disent à Jésus :

« Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d'adultère. Or, dans la Loi, Moïse nous a prescrit de lapider ces femmes-là. Toi donc, que dis-tu ? »
Ils disaient cela pour le mettre à l'épreuve, afin d'avoir matière à l'accuser. Mais Jésus, se baissant, se mit à écrire avec son doigt sur le sol. Comme ils persistaient à l'interroger, il se redressa et leur dit : « Que celui d'entre vous qui est sans péché lui jette le premier une pierre ! »

Et se baissant de nouveau, il écrivait sur le sol. Mais eux, entendant cela, s'en allèrent un à un, à commencer par les plus vieux ; et il fut laissé seul, avec la femme toujours là au milieu.Alors, se redressant, Jésus lui dit : « Femme, où sont-ils ? Personne ne t'a condamnée ? » Elle dit : « Personne, Seigneur. » Alors Jésus dit : « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, désormais ne pèche plus. »

De nouveau Jésus leur adressa la parole et dit : « Je suis la lumière du monde. Qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais aura la lumière de la vie. »
 

Voilà un passage que vous connaissez certainement bien. Où se passe cet événement ?

Cela se passe dans le Temple. L’évangéliste Jean nous dit que Jésus Christ « dès l'aurore, de nouveau il fut là dans le Temple, et tout le peuple venait à lui, et s'étant assis il les enseignait. »

Et le Temple est le lieu où Dieu demeure. C’est là que Jésus Christ enseigne ; c’est là que Jésus Christ est au centre.
 

Pour moi, la question est : est-ce que nos communautés sont le Temple où Dieu demeure ? Si elles ne sont pas le Temple où Dieu habite, elles sont quoi, elles sont temple de qui ?

On peut se rappeler des autres passages de l’Evangile où Jésus Christ justement expulse du Temple les marchands.

De la maison où Dieu habite ils ont fait un marcher pour acheter et vendre.

Est-ce que par hasard, on peut se demander, nos communautés ne sont-elles pas un lieu de marchandage ? Peut-être le marchandage avec le péché ? C’est dans ce Temple où Dieu habite que viennent les scribes et les Pharisiens. Pourquoi ils viennent ? Est-ce pour entendre la parole de Dieu, ou bien pour prier, ou bien pour autre chose ?

Selon l’Evangile, on dirait qu’ils viennent pour faire du marchandage. Peut-être on pourrait dire qu’ils viennent marchander avec le péché.

L’Evangile nous dit : » les scribes et les Pharisiens amènent une femme surprise en adultère et, la plaçant au milieu… » .

Ce qui est intéressant c’est que la femme adultère est mise au centre. Jusqu’à maintenant c’était le Christ qui était au centre et maintenant c’est le péché d’adultère.

Veut-on remplacer Jésus Christ par le péché ? C’est peut-être quelque chose habituel dans notre vie. Qui est au centre de ma vie : Jésus Christ ou le péché ? Qui est au centre de notre vie communautaire ?
Ce qui est intéressant c’est que Jésus Christ accepte d’être à côté d’une femme accusée du péché. Il ne la repousse pas. Il ne la rejette pas. Est-ce que cela veut dire que Jésus Christ accepte le péché ? D’ailleurs, il est mis dans une situation difficile par le questionnement des scribes et des Pharisiens. De fait, ils lui posent une question embarrassante. Ils lui disent : « Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d'adultère. Or, dans la Loi, Moïse nous a prescrit de lapider ces femmes-là. Toi donc, que dis-tu ? »
Peut-être des choses semblables se produisent dans notre vie personnelle ou communautaire. Nous avons souvent l’occasion de nous trouver dans des situations semblable et de vouloir condamner les autres, ou bien de condamner nos sœurs et nos frères de la communauté ?

Est-ce que c’est bon de condamner le péché ?

Ou bien, faut-il l’accepter et vivre avec ? Et puis, il y des lois. Faut-il respecter les lois ? Ou bien, les lois sont seulement pour les autres, mais pas pour moi, pour nous ?
Et Jésus Christ, va-t-il être pour le péché ou bien contre le péché ? Va-t-il être pour la Loi de Moïse ou contre lui ?
L’évangéliste Jean nous dit qu’elle a été l’intention des scribes et des pharisiens. Il nous dit pour eux qu’ : « Ils disaient cela pour le mettre à l'épreuve, afin d'avoir matière à l'accuser. »
Cette trouvaille est intéressante. On se sert du péché pour faire du péché.

Voilà à quoi sert le péché. Cela nous arrive aussi de se servir du péché pour le continuer, pour le propager autour de soi.
Il semble que cette femme adultère servait aux scribes et aux Pharisiens pour mettre Jésus Christ à l’épreuve, afin d’avoir matière pour l’accuser. Le but, en fait n’était pas tellement pour condamner cette femme. Sa condamnation était évidente selon la loi de Moïse. Le fond caché de cette démarche était la condamnation de Jésus Christ. Est-ce que cela n’est-il pas une parfaite perversion ? C’est là qu’on peut voir combien l’esprit humain peut être pervers. Même la loi on peut la déformer.
Ici, on peut citer de nouveau les paroles du psaume 54 qu’on a cité mardi matin :


« il montre un visage séduisant,
mais son cœur fait la guerre ;
sa parole est plus suave qu’un parfum,
mais elle est un poignard. »


Et que fait Jésus-Christ dans une telle situation ? L’Evangile nous dit : « Mais Jésus, se baissant, se mit à écrire avec son doigt sur le sol. »
Mais pourquoi il se baisse ? Qu’est-ce qu’il écrit ? L’Evangile ne nous dit rien.

Est-ce pour permettre un temps de réflexion ? Est-ce pour écrire un mot ? Est-ce pour prier, car on est dans le Temple de Dieu ? Est-ce que c’est son abaissement pour prendre et porter le péché du monde ? Ou bien autre chose ?
Et dans nos communautés, lorsqu’il y a des accusations, comment on se tient, comment on se comporte ?
Pendant qu’il est abaissé les autres persistent à l’interroger. Après un certain temps d’abaissement et sur l’insistance des autres, il se redresse pour répondre à leur interrogation. On dirait qu’il dressé sur la croix avec tous ces interrogations.
Lorsqu’il se redresse il leur dit : « Que celui d'entre vous qui est sans péché lui jette le premier une pierre ! »

C’est une réponse étonnante. C’est une réponse importante pour la vie dans nos communautés. Je ne sais pas si l’on se rappelle souvent de cette réponse quand on partage dans nos communautés ? Ou bien on n’y pense pas ? ou bien on évite d’y penser ?
C’est vraiment une réponse qui nous perturbe de fond en comble. Est-ce pour cette raison que dans nos rencontres communautaires on n’aime pas qu’il y ait la présence de Jésus-Christ pour qu’il ne se redresse pas et nous dit : « Que celui d'entre vous qui est sans péché lui jette le premier une pierre ! » ?


Avec une telle réponse, est-ce que Jésus Christ ne respecte pas la Loi de Moïse ? Ou peut-être, il veut bien l’applique à tout le monde. Après une telle réponse, il se baisse de nouveau et écrivait sur le sol. Il ne regarde quelle sera la réaction ; il ne regarde pas quel sera le comportement des scribes et des Pharisiens.
L’Evangile nous dit : « Mais eux, entendant cela, s'en allèrent un à un, à commencer par les plus vieux. »
Il est intéressant de constater qu’en appellant au péché de tout le monde on s’abstient du péché, on rompe avec le péché. On dirait que seulement les justes, qui se prennent pour les justes, peuvent punir, appliquer la Loi.

Est-ce pour cette raison que tous le monde cherche à punir, à détruire les autres parce qu’ils se considèrent des justes ? Peut-être, est-ce justement par cette voie que le péché s’introduit dans nos vies, dans la vie de nos communautés pour remplacer le Christ.
Justement dans les paroles qui suivent le Christ ne veut pas rentrer dans cette démarche du péché. L’Evangile nous dit : « Femme, où sont-ils ? Personne ne t'a condamnée ? » Elle dit : « Personne, Seigneur. » Alors Jésus dit : « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, désormais ne pèche plus. »
Cela veut dire que Jésus Christ qui est sans péché ne veut pas condamner. Cela veut dire que ce n’est pas le péché qui est entre nous, qui va détruire le péché. C’est une illusion. Avec le péché on ne peut pas détruire le péché. C’est seulement le Christ qui peut mettre la fin au péché qui est entre nous. L’icône de la résurrection nous témoigne de cela.
Pour terminer cette méditation je vous propose le dernier versé de cet évangile : « De nouveau Jésus leur adressa la parole et dit : « Je suis la lumière du monde. Qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais aura la lumière de la vie. »
Je vous propose aussi la prière de St. Ephrem le syrien. Cette prière, dans la tradition orientale se dit chaque jour pendant le temps du Carême, sauf le samedi et le dimanche. La voici :
 

« Seigneur et Maître de ma Vie,
ne m’abandonne pas à l’esprit de paresse,
de découragement, domination et vaines paroles.

Mais fais-moi la grâce, à moi ton serviteur,
de l’esprit d’intégrité, d’humilité,
de patience et d’amour.

Oui, Seigneur-Roi,
accorde-moi de voir mes fautes
et de ne pas juger mes frères,
O Toi qui es béni dans les siècles des siècles.
 

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