Dimanche soir. Introduction à la retraite.


Je m’excuse si mon français n’est pas toujours très bon. Mais j’espère que vous allez me comprendre ; qu’on va se comprendre malgré tout.

Comment allez-vous ?
Comme vous le savez, cette retraite se tiens dans le cadre d’une approche de la spiritualité dans la tradition orientale.

C’est une spiritualité qui peut nous enrichir énormément et ouvrir un grand horizon devant nous. Mais ce n’est pas facile de s’ouvrir.

Mais qu’est-ce qui nous empêche de nous ouvrir ?

Est-ce qu’on peut l’identifier ?

Est-ce que c’est une peur de l’extérieur ou peut-être une peur de l’intérieur ?
On a peur de s’ouvrir, parce qu’on ne sait pas où cela va nous conduire.

Lorsqu’il y a l’ouverture, il y a la possibilité d’entrer chez nous, mais aussi de sortir.

Alors, il est difficile de contrôler ce qui entre et ce qui sort.
Ainsi, l’ouverture nous rend fragile et instable.

Et cela, nous n’aimons pas, de se sentir instable, de se sentir pas sûr.

Alors, cela provoque des blocages. On ferme les portes, ainsi rien ne peut rentrer et rien ne peut sortir.
Mais de quoi nous avons peur ?

Peut-être de perdre notre assurance ?

Si toute notre vie on se battait pour acquérir cette assurance, il nous semble normal qu’on ait peur de la perdre.

Mais de quoi nous sommes assurés ?

Y a-t-il quelque chose de sûr dans notre vie, sauf la mort ? Où est-ce qu’on cherche notre assurance ? Qui ou quoi nous donne cette assurance ?
En se fermant on veut certainement garder quelque chose.

Qu’est-ce que c’est qu’on veut garder ?

Ce qu’on veut garder, c’est certainement quelque chose qui a d’importance dans nos yeux. Et là aussi se pose la question : qu’est-ce qui a de l’importance dans nos yeux et qu’on ne veut pas perdre à aucun prix ?

Qu’est-ce qui fait que quelque chose a de l’importance à nos yeux ? Peut-être aussi ce qui a de l’importance à nos yeux, n’a pas de l’importance dans les yeux des autres ?
Peut-être ce qu’on veut garder à tout prix, c’est ce avec quoi on s’identifie. Avec quoi on s’identifie, et qu’est-ce que c’est cela qu’on ne veut pas perdre à aucun prix ?

Qui détermine avec quoi je vais m’identifier ? Qui donne de l’importance à ce avec quoi je vais m’identifie ?
Est-ce que je vais m’identifier avec quelque chose à quoi, ni moi ni les autres ne donne d’importance ? On peut s’en douter.
Il est intéressant de se demander si je suis encore quelqu’un en ne m’identifiant avec personne, ou bien en ne m’identifiant avec nul chose ? Est-ce que je suis encore quelqu’un en ne m’identifiant avec personne ? Dans ce cas se pose la question : qui suis-je ?
Voilà une question qu’on doit se poser souvent si l’on ne veut pas devenir dépersonnalisé.
Mais peut-être cette question peut nous aider à s’ouvrir, à sortir de notre enfermement. Les questions nous aident à sortir de nous-même, de notre enfermement.
Dans cette interrogation on peut pressentir l’importance de l’autre avec qui on vit, avec qui on se rencontre, avec qui on communique.
Dans cette communication avec l’autre, est-ce que cela m’aide à trouver ma personne ou bien je sens perdre ma personnalité ? Est-ce que cette communication avec l’autre m’aide à m’ouvrir, à sortir de moi-même, ou bien au contraire, cela m’enferme ? Est-ce que cela me libère ou bien cela accentue mon enfermement, mon isolation ?
Voilà ce que je voulais vous faire partager.

J’espère que je ne vous ai pas trop perturbé avec toutes ces questions pour vous gâcher la nuit. Ce n’était qu’une petite introduction à ce qu’on va méditer pendant cette retraite.
Je pense que ce sont les questions importantes pour la vie de tout homme, et encore plus pour nous qui sommes des religieux – des religieuses.
Pour continuer notre recherche dans la perspective de la tradition orientale, je vous propose ce soir un proverbe tibétain que cite Michel Quenot dans son livre qui s’appelle: « De l’icône au festin nuptial » et qui parle de la Tradition Oriental concernant la théologie de l’icône.

Et déjà dans l’introduction de ce livre il dit :

 « Image ontologique, l’icône renvoie à l’Image primordial que chaque homme reproduit dans sa structure. Dans le développement fulgurant des moyens de reproduction, de traitement et de transmission de l’image, l’étalon de toute image authentique est celle du Dieu incarné qui fait de l’icône un antidote puissant aux images déchues que sont les images trafiquées, vidées de leur sève créatrice. Mais surtout, l’icône parle de la destinée humaine, clame son sens et finalité » (Michel Quenot, page, 15-16)
Ce proverbe tibétain est mis au début du chapitre qui porte le titre suivant : « Le sacrement du frère ».
Ce proverbe je vous propose pour la réflexion ce soir. Et voici ce qu’il dit :
Proverbe tibétain
« Un jour en marchant dans la montagne, j’ai vu une bête.
En m’approchant, je me suis aperçu que c’était un homme.
En arrivant près de lui, j’ai vu que c’était mon frère !
»
(page, 229)
Demain, nous pourrons, peut-être, partager sur ce proverbe et ce qu’on a trouvé en lui.
Voici un autre texte que cet auteur, dans ce même livre, et sous le proverbe tibétain, cite. Ce sont les paroles de Maxime le Confesseur, un auteur orthodoxe, qui dit les choses suivantes :

 

S. Maxime le Confesseur

« Celui qui est parfait en amour et qui est parvenu au sommet de l’impassibilité, ignore la différence entre lui-même et l’autre, ou entre ce qui est propre et ce qui est étranger, ou entre le croyant et l’incroyant, ou entre l’esclave et l’homme libre, ou entre l’homme et la femme »
(page, 229)
 


Je souhaite que ces deux textes puissent nous ouvrir, ouvrir à la parole de Dieu et à la parole de ceux avec qui on vit au quotidien.
Bonne méditation et bonne nuit dans cette méditation !
 

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