Père Bernard LE LEANNEC aux frères et sœurs des communautés d’Orient à l’occasion de la fête des bienheureux martyrs assomptionnistes Kamen, Pavel et Josaphat

 

 On a besoin de toi

 

            « Aux Ides de novembre, l’an du Seigneur 1952, à Sofia, capitale de la République démocratique populaire de la Bulgarie, furent fusillés en haine de la foi et pour leur fidélité à l’Eglise catholique, après un simulacre de procès, un évêque et trois prêtres ».

C’est dans le style du martyrologe romain que le 8 octobre 1952, le P. E. Gabel évoquait dans son éditorial de La Croix l’exécution de ceux qui allaient devenir nos trois premiers martyrs assomptionnistes et être proclamés bienheureux par le pape Jean-Paul II le 26 mai 2002.

La liturgie de ce 13 novembre nous invite à les invoquer par ces mots :

« Dieu notre Père, tu as donné la grâce et la  force du martyre aux bienheureux Eugène, Kamen, Pavel et Josaphat. Dans une société qui a voulu se construire sans Toi, Tu leur as donné de témoigner de la Bonne Nouvelle de Jésus, ton Fils. Par leur intercession et le don de leur vie, envoie-nous l’Esprit d’audace pour vivre et annoncer sans relâche les Béatitudes, et devenir des artisans d’unité et de paix dans le monde d’aujourd’hui ».

A l’occasion de la fête de nos martyrs assomptionnistes Kamen, Pavel et Josaphat, je voudrais avec vous souhaiter cet Esprit d’audace et ce courage à devenir des bâtisseurs de paix et d’unité. C’est pour cela que je viens vous adresser ce message de communion fraternelle et vous inviter, sur proposition de nos chapitres de 2005, à approfondir la réflexion sur notre mission d’Orient, afin de faire émerger cette conscience commune et raviver en chacun de nous l’ardeur qui préside aux origines de notre présence en Orient.

Il s’agit d’avoir toujours présent à l’esprit les priorités que nous nous sommes données, les orientations et les axes apostoliques qui nous ont été fixées, notamment en matière d’ouverture œcuménique et de vocations.

A ce propos, faut-il le rappeler ici : aujourd’hui, plus d’une dizaine de jeunes font leur première expérience de vie religieuse dans les communautés d’Orient ! 

 

De nouveaux espoirs

 

L’année qui s’achève est marquée par la première visite du pape Benoît XVI à Istanbul portant en elle des espoirs nouveaux pour les relations avec le monde musulman, mais également avec  tous les chrétiens d’Orient.

Elle ouvre en quelque sorte cette nouvelle année 2007 (tout du moins au sens liturgique) qui sera jalonnée par certains événements importants dans les territoires de la Mission d’Orient.

La Turquie occupe une place toute spéciale dans le contexte de la Mission d’Orient, puisqu’elle en est à la fois le coeur et le berceau (C.P. § 42).

En Grèce, l’Assomption prend une part active à une nouvelle pastorale d’accueil des catholiques immigrés et attend la reconnaissance juridique de l’identité de l’Eglise catholique grecque.

Lors de la récente visite ad limina des évêques grecs, il y a quelques jours, le pape plaidait pour un «dialogue constructif avec les Orthodoxes, mais aussi rappelait le souci pastoral des vocations et une attention particulière à cette « rapide évolution de la configuration » de la communauté catholique concentrée surtout dans la capitale, Athènes.

Ne sommes-nous pas là comme ailleurs en Orient, présents à cette préoccupation majeure de l’Eglise : la pastorale des étrangers ?

C’est dans ce contexte que l’on attend voir bientôt s’élargir la collaboration avec les Oblates dans la capitale grecque (Cf. Actes du C.G. des Oblates § 2.4.2.2; C.P. §38), collaboration qui demeure un de nos modes privilégiés de fonctionnement en Orient.

 

Respirer des deux poumons

 

La Bulgarie et la Roumanie rejoignent l'Union européenne le 1er janvier 2007.  Ces deux pays « nous donnent la possibilité de nous ouvrir à une autre approche du mystère de Dieu et de respirer avec les deux poumons de la tradition de l’Eglise » (CP § 32).

Dans ce contexte, Sibiu (Transylvanie) déclarée cette année 2007, capitale européenne de la Culture, accueillera du  4 au 8 septembre  le III° Rassemblement œcuménique européen, sur le thème « La lumière du Christ illumine tous les humains » et dans la lignée de ceux de Bâle (1989, en terre protestante, époque de la chute du mur de Berlin), de Gratz (1997, en terre catholique, au moment de l’ouverture européenne),  et à la suite de la signature de la Charte œcuménique européenne de 2001 à Strasbourg. C’est dans ce contexte que l’Assomption envisage la « re-constitution » de la communauté de Bucarest.

Ce retour veut intensifier l’internationalité voulue par les chapitres  (CG § 51, CP § 39) et exprimer la volonté de l’ensemble de la Congrégation de se réapproprier sa longue tradition de formation à l’œcuménisme et d’ouverture à l’Orient chrétien.

Ce retour est dicté non seulement par nos décisions capitulaires, mais plus par un impératif qui exprime autant son souci permanent que ses convictions les plus profondes (C.P. § 30-32).

 

Pour un œcuménisme spirituel

 

En vue de cette mise en pratique des principes œcuméniques décidés à Vatican II et déjà indiqués dans le « Directoire pour l’application des principes et des normes sur l’œcuménisme » le Vatican prépare un « vade-mecum » pour l’oecuménisme spirituel dans le but d’encourager toutes les activités pouvant soutenir la rencontre spirituelle entre les chrétiens.

Nous le savons le renouveau de l’œcuménisme ne peut être que profondément lié à une nouvelle évangélisation, basée sur la prière et la démarche spirituelle, seule capable de surmonter les divisions du passé.

En cela nos chapitres sont le reflet fidèle de notre longue tradition de prière pour l’unité des chrétiens dont ils s’en font largement l’écho (C.P. §36, C.G. §53-54).

Posons-nous la question : par son travail en Orient, l’Assomption n’était-elle pas appeler aujourd’hui à contribuer à la création d’un véritable réseau œcuménique spirituel (CG § 62), renouant en cela avec ce qui fut son rôle dans le passé.

 

Etre témoins jusqu’au bout

 

La fête de nos martyrs est une invitation à ne pas céder au « désenchantement » que subit le monde moderne, mais bien à devenir, à leur exemple, des « pourvoyeurs » de certitudes, des témoins jusqu’au bout et des défenseurs de la foi.

Par le passé, l’Assomption s’est faite porteuse de grandes ambitions en vue de cette défense de Dieu et de l’unité de l’Eglise.

Cette fête nous rappelle que nos premiers saints reconnus ont eu à  affronter la persécution et la mort. Soyons à notre tour les relais de cette conviction forte : les chrétiens ne croient pas en quelque chose, ils croient en quelqu'un, Jésus-Christ, et c’est à cause de cette foi qu’ils sont appelés à être des témoins.

Comme « religieux », nous sommes appelés à être ces témoins, à être de ceux qui se situent à la croisée et agissent comme « relieurs ».

Kamen, Pavel et Josaphat sont morts parce qu’ils ont voulu défendre leur foi en Jésus-Christ et ont refusé de la renier. Le sacrifice suprême de leur vie est pour nous un geste fondateur pour la Mission d’Orient, porteur de promesses et de fécondités nouvelles.

Pourquoi ? Parce qu’il rejoint notre désir de croire et d'espérer, de donner sens à la souffrance, d'arrimer ce fil fragile de nos vies à cette quête spirituelle sans cesse renouvelée, et de donner sa vraie valeur à notre engagement en particulier dans ses moments difficiles.

Cette radicalité, nous la vivons certes dans la modestie de nos moyens et de nos effectifs, mais aussi avec, au fond du coeur, cette aspiration profonde à nous convertir et à nous faire attentifs à l’action de l’Esprit « pour que le monde croie ».

Dans cette opération de construction de notre Mission d’Orient sans cesse poursuivie, chacun a sa place et son rôle, aussi humble soit-il.

 

 « Si la note disait: ce n’est pas une note qui fait une musique, il n’y aurait pas de symphonie.

Si le mot disait: ce n’est pas un mot qui fait une page, il n’y aurait pas de livre.

Si la pierre disait: ce n’est pas une pierre qui peut monter un mur, il n’y aurait pas de maison.

Si la goutte disait: ce n’est pas une goutte d’eau qui peut faire une rivière, il n’y aurait pas d’océan.

Si le grain de blé disait: ce n’est pas un grain de blé qui peut faire un champ, il n’y aurait pas de moisson.

Si l’homme disait: ce n’est pas un geste d’amour qui peut sauver l’humanité, il n’y aurait jamais de justice et de paix, de dignité et de bonheur sur la terre des hommes.

Comme la symphonie a besoin de chaque note, comme le livre a besoin de chaque mot, comme la maison a besoin de chaque pierre, comme l’océan a besoin de chaque goutte d’eau, comme la moisson a besoin de chaque grain de blé… On a besoin de toi, là où tu es unique et donc irremplaçable ».

 

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