Un temoignage encore actuel...

P.Petar LJUBAS: Vivre et travailler hors de chez soi pour la mission  

 

         D'abord je voudrais vous demander de m'excuser pour mon français en espérant que malgré les fautes vous me comprendrez.

         Sur la feuille que j'ai reçu, en vue de préparation de cette journée de Forum, on écrivait que "le dénominateur commun de tous les témoins est de ne pas vivre dans leur patrie…qui ont quitté leur pays". Le titre, sous lequel

se trouve ce partage d'expériences dit aussi: "Vivre et travailler hors de chez soi pour la mission

         Ce que je vais dire à ce sujet, c'est mon expérience personnelle, mon cheminement personnel. Ces paroles du titre ont déclenché beaucoup de questions dans mon esprit. Quelle est ma patrie, quel est mon pays? Où est ce "chez soi" pour moi? En fait, sans entrer dans les détailles, je peux dire que je n'ai pas de patrie, que je n'ai pas de pays, un "chez soi". Mais alors, qu'est ce que j'ai du quitté: quel pays, quelle patrie, quel "chez soi" si je n'ai pas ni pays, ni patrie, ni "chez soi"? Si j'ai quitté cela supposerai qu'un jour je pourrai revenir en arrière, retourner dans mon pays, dans ma patrie, retourner "chez soi". On parle aussi du retour de missionnaire. Cela va dire qu'il a terminé et qu'il peut se reposer dans son pays, chez soi. Si je ne suis parti nulle part je n'ai pas à y revenir.

         Longtemps je me suis demandé où est ma patrie, où est-ce que je suis enraciné, quel est mon "chez moi"? Après un certain temps, je me suis rendu compte que le milieu où j'ai vécu toute ma vie, qui est un milieu sans frontières et que je pourrai appeler ma patrie, c'est Eglise. Depuis mon commencement je suis dedans. Mes parents ont tout fait pour que l'Eglise devienne et reste ma patrie. Faut-il que je quitte ce pays? Est-ce que je pourrai le quitter sans le trahir? Ou bien, partout où je suis je reste dedans? Peut-être ne faudrait-il pas mieux dire que je ne connais pas encore assez bien ma patrie et que mes déplacements, en fait, restent toujours à l'intérieur de ce pays en vue de la connaissance de ce pays?

         Sous peu je reviendrai sur cet aspect, mais je voudrais auparavant prolonger encore un peu ma réflexion sur ma patrie, mon pays, mon "chez moi".

         En réfléchissant sur ces choses, je me suis rendu compte que l'Eglise n'est pas ma patrie, mon pays, mon "chez moi". Elle n'est en fait que le chemin vers eux. Ma patrie et mon pays, mon "chez moi" ne peuvent être que dans l'au-delà, auprès de Dieu. Je ne suis actuellement qu'un pèlerin. Et mon regard est orienté vers l'avant, vers le future. Ma patrie, mon "chez moi" est au-devant de moi et non pas en arrière. 

         Un pèlerin, c'est un homme ouvert, et je reviens sur ma présence en Bulgarie, dans l'Eglise de Bulgarie, dans la tradition orientale.

         Un pèlerin, pour avancer doit quitter des choses, des habitudes, des points de vue, doit se dépouiller. Ou plutôt, doit ouvrir tout cela. Les habitudes, les points de vue, enferment facilement; on s'y installe et on en fait sa patrie, son "chez soi". On les idéalise, on les absolutise. Et tout ce qui n'y entre pas, on le déprécie, on le sous estime, on le dévalorise. Mais en fait, on a peur. Bien sûr, on a beaucoup de justifications, d'explications, des excuses.

         En arrivant en Bulgarie, j'ai débarqué dans une autre tradition, dans une autre façon de célébrer le Mystère du Christ. Tout a été nouveau pour moi. C'est une autre  façon de penser le Mystère de Dieu. Justement, j'ai découvert une autre approche de Dieu: la grandeur de Dieu qui est inexprimable. Tout cela m'a poussé à relativiser ma tradition latine et à me rendre compte qu'aucun rite ne peut exprimer, n'est capable d'exprimer le Mystère du Christ dans sa totalité. On a besoin de l'autre pour entrer plus pleinement dans le Mystère, pour joindre sa Patrie, pour trouver son "Chez Soi".

         Alors, je peux rendre grâce à Dieu d'avoir eu cette possibilité de vivre de l'intérieur ces deux rites, ces deux spiritualités. Je rends grâce à Dieu aussi pour l'Assomption d'avoir pris, à un moment donné de son histoire, la décision de s'engager dans cette tradition, dans cette ouverture. Nos trois martyres, l'un de tradition oriental et les deux autres de tradition latine, témoignent qu'une telle vie dans l'Eglise est possible et nécessaire comme témoignage. Et je souhaite que l'Assomption puisse continuer dans ce sens là et y investir plus de ces possibilités afin que la tradition orientale puisse avoir plus de place dans notre spiritualité. Peut-être que cette Tradition est dépréciée dans notre modernité. D'ailleurs, en ce qui me concerne, c'est lorsque je suis entré dans cette tradition orientale, que j'ai senti des regards méprisants, des regards de supériorité de part et d'autre. Mais peut-être c'est le prix qu'on doit payer pour l'ouverture, pour arriver à sa Patrie, à son "Chez Soi". En tout cas pour moi le pèlerinage continue.

         Merci pour votre attention.

  

P.Petar LJUBAS

 

Valpré, le 16 mars 2002                                                 

FORUM  DE  LA  PROVINCE

Valpré , du 15 au 18 mars 2002

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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