Père Bernard Ştef Ştefan, AA (1916-2010)

 

 

Ştefan Ştef est né le 22 octobre 1916 à Lăscud (département de Mures, Roumanie). Il a fait l’école primaire dan son village natal, ensuite il a fait le collège à Târnăveni (1927-1930) et le lycée à Blaj (1930-1934).

  Après avoir passé son baccalauréat, il est entré chez les Assomptionnistes à Casa Domnului (Blaj) le 20 juillet 1934. La même année il a commencé le noviciat à Beiuş-Bihor.

   Le 8 septembre 1935, il fait sa première profession et prend le nom de religieux de Bernard – il a ainsi pu célébrer, cette année, ses 75 ans de vie religieuse.
   Entre 1935 et 1941, il fait des études de philosophie et théologie en France, selon les orientations de la formation à la vie religieuse de l’époque : d’abord une année préparatoire à Layrac (1935-1936), ensuite la philosophie à Scy-Chazelles (1936-1948), enfin la théologie à Lormoy (1938-1941). Le 8 décembre 1941, il fait sa profession perpétuelle. A cause de la Seconde Guerre Mondiale, il doit rentrer en Roumanie et y termine la dernière année de théologie.
Ordonné prêtre au sein de l’Eglise gréco-catholique le 27 juillet 1941 à Casa Domnului (Blaj) par l’évêque Vasile Aftenie, le P. Bernard est d’abord envoyé à Beiuş comme accompagnateur dans le petit séminaire diocésain, en même temps qu’il est préfet des études dans l’internat diocésain de Beiuş (1941-1944).

   Il va enseigner ensuite le français au Lycée Samuil-Vulcan de Beiuş et sera le confesseur des Oblates de l’Assomption entre 1944 et 1948.

   Il fréquentera en même temps le Séminaire pédagogique de Cluj, où il effectue un travail sur la pédagogie de saint Jean Bosco. Après avoir passé sa licence en théologie à Blaj en 1946, il sera nommé supérieur de la communauté de Beiuş et Recteur de l’internat en 1947.
   C’est le moment où le régime communiste arrive au pouvoir en Roumanie. Le nouveau régime ayant pris les écoles et l’internat en août 1948 (en même temps que l’Eglise gréco-catholique de Roumanie était supprimée par le gouvernement communiste et intégrée de force à l’Eglise orthodoxe), le P. Ştef reste pendant un an dans la communauté des Oblates de l’Assomption à Beiuş. Puis, la situation l’oblige à se retirer dans sa famille, à Lăscud.

   Là, il suivra le programme de la vie religieuse qu’il a connu dans les maisons d’études et fera son apostolat en clandestinité.

   Ce qui lui valut d’être arrêté, la nuit du 26 au 27 juillet 1951.
Il fut alors interrogé jusqu’au mois de février 1952, date à laquelle il fut transféré, avec les autres prêtres gréco-catholiques de la région, dans la prison à Cluj pour y être jugé. Le jugement a eu lieu le 18 avril 1952, qui se trouvait être un Vendredi Saint.

   Au terme d’une procédure expéditive, le P. Bernard fut condamné à une peine de cinq ans pour avoir « comploté contre l’ordre public ». Déclaré apte pour les travaux, il fut envoyé, avec d’autres prêtres, aux travaux forcés sur le chantier du canal Danube-Mer Noire.
Après avoir passé deux semaines dans la prison de Jilava, près de Bucarest, avec d’autres prêtres il partit à Poarta Albă (département de Constanţa), pour travailler à la fabrication de briques. Près de 11 000 détenus déchargeait de l’argile des wagons et la transformaient en briques.

   Le travail était lourd, et la nourriture très maigre : un bol de chou sale et un morceau du pain.
Après trois semaines, le religieux fut envoyé sur le chantier Colonia Peninsula, dans l’équipe F (celle des prêtres).

   Le régime, pour les 62 ecclésiastiques détenus là, était le plus sévère : ils travaillent au début à préparer le terrassement pour construire la voie ferrée : pas le droit de parler entre eux, pas le droit de prier. Même ceux qui priaient individuellement recevaient une punition. Ainsi le P. Bernard fut mis au cachot après avoir été surpris en train de prier.
   Une fois le terrassement terminé, la brigade de prêtres a été transférée dans une carrière de pierres, sur le chemin de la Construction du Canal. Le temps du travail passe alors de 8 à 12 heures : les prisonniers chargeaient des pierres dans les paniers qu’ils devaient porter dans un endroit où les militaires les vidaient.

   En 1953, le groupe de prêtres est passé à un régime plus sévère et les punitions se sont multipliées. A la veille de Pâque 1953, le groupe des prêtres dut travailler ainsi jusqu’à 23 heures : retournant vers leur camps, ils ont entendu sonner les cloches des villages voisins. Alors, pour la première fois, les militaires leur ordonnèrent de s’arrêter, firent le signe de croix, et les détenus commencèrent à s’embrasser et à se souhaiter Bonnes Pâques.
    La mort de Staline (été 1953) apporta un grand changement : les travaux du canal furent interrompus, les bulldozers arrêtés et les pelles rangées, les prêtres louèrent le Seigneur avec des chants et des Psaumes.

    Personne ne put les arrêter. Ils eurent droit au courrier et aux colis et la nourriture devint plus abondante et de meilleure qualité. Les détenus commencèrent à démanteler les installations. Comme ils n’étaient plus surveillés très strictement, le P. Bernard commença à célébrer la messe, confesser, communier, tenir des conférences et faire de la catéchèse. Quand il intégrait dans une nouvelle brigade, il se sentait entrer dans une nouvelle paroisse : il rassemblait alors les gréco-catholiques de l’endroit et s’occupait d’eux. Les prêtres orthodoxes commencèrent à faire de même.

   Une fois le démantèlement achevé, ils furent transférés pour les travaux du stade de Constanta, d’où le P. Bernard fut libéré le 8 octobre 1955, bénéficiant d’une remise de peine.
    Le religieux retourne alors dans sa famille à Lăscud, où il reprend une vie de prière, d’études et d’apostolat clandestin, même s’il était surveillé par les autorités : traduction des Confessions de saint Augustin, travail sur sainte Thérèse d’Avila, etc., catéchèse pour les enfants et adultes, célébration de messes dans sa maison, accompagnement spirituel, visite des confrères, exercices spirituels pour les religieuses et les fidèles, jeunes comme adultes. En 1965, le Frère Emilian Indrea, premier assomptionniste roumain, prit sa retraite et vint s’installer à Lăscud chez le P. Bernard. En 1968, il perd sa maman. Après la mort du P. Berinde Ştefan en 1978, le P. Ştef resta seul responsable des Assomptionnistes en Roumanie, recevant en clandestinité des nouveaux candidats jusqu’à la chute du régime en 1989.
   

    Le 31 juin 1990, avec le P. Teophil Pop et le Fr. Gavril, le P. Ştef retourne à Blaj d’abord dans une maison tout près de Casa Domnului, puis dans un appartement, et enfin dans la maison où la congrégation est toujours établie aujourd’hui. Ainsi commença le premier embryon de la renaissance de l’Assomption en Roumanie après le communisme. L’enthousiasme de la liberté a contribué aussi à ce qu’il puisse développer une riche activité pastorale et liturgique.
    Entre 1990 et 1999, l’Eglise gréco-catholique ayant été rétablie, le P. Bernard a été aussi professeur au grand séminaire de ce rite à Blaj. Il y enseigna la théologie fondamentale, la patrologie et la pastorale. Il contribua en même temps à réorganiser divers mouvements de laïcs qui existaient dans cette Eglise locale avant sa suppression : tiers-ordre augustinien, Réunion Mariale, Agru, Kolping, etc. Il fut le conseiller personnel de l’archevêque sur les problèmes spirituels, présida les Réunions Mariales diocésaines et prêcha plusieurs retraites spirituelles pour les séminaristes et prêtres.
   

 

   Grâce à ses qualités de plume, le P. Ştef a édité plusieurs livres : une traduction en roumain des Confessions de saint Augustin, un ‘Guide pour une vie chrétienne’ ; ‘Saint Augustin, l’homme, l’œuvre et la doctrine’ ; ‘Sainte Thérèse d’Avila, la vie, l’œuvre et la doctrine’ ; un manuel pour le Pèlerinage à la Vierge des pauvres (Carbunari, près de Blaj); ‘Vienne ton règne’ pour les 80 ans de présence des Assomptionnistes en Roumanie ; ‘Méditations sur et en union avec la Vierge Marie, Mère de Dieu et Mère des hommes’ ; ‘Servir l’Esprit Saint’, un recueil de méditations ; ‘Consécration au Seigneur’ ; ‘Les Réunions Mariales’, ainsi que des ‘Méditations pour les Exercices spirituels’, etc. Il a écrit également de nombreux articles dans différentes publications diocésaines de l’Eglise gréco-catholique de Roumanie.

 

    Mgr Lucian Mureşan, archevêque majeur de cette Eglise, disait au P. Bernard, à l’occasion son 65e anniversaire de sacerdoce :

   « Comment vous nommer, Père Bernard ? On vous nommera : Prêtre, parce que vous avez trouvé le bonheur dans le service du Christ ; Moine, car vous vous êtes laissé captiver toutes vos perspectives par la Vierge Marie ; Docteur des âmes, parce que vous avez guéri beaucoup d’âmes par la confession ; Théologien, parce que vous avez parlé de l’amour de Dieu ; Ami, parce que vous n’avez refusé personne de ceux qui vous ont demandé conseil ; Témoin de Jésus Christ, parce que vous avez été maltraité et humilié pour le Christ et son Eglise ; L’aimé de Dieu, homme en qui l’Esprit Saint aime se reposer : n’est-ce pas vous qui nous avez appris le ‘Chapelet de l’Esprit Saint’ ? »

   Avec la mort du P. Bernard Ştef, décédé le matin du 11 septembre 2010 à l’hôpital de Blaj, l’Assomption et toute l’Eglise gréco-catholique regrettent la perte d’une grande figure, qui a contribué pleinement au redémarrage tant de l’Assomption en Roumanie que de l’Eglise gréco-catholique de ce pays. En même temps, notre regard reste plein d’espérance, puisque le P. Bernard continuera à intercéder pour nous auprès du Père. Paix à son âme !
 


Ionel Antoci
 

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