« O mon Dieu, que Votre règne arrive! »

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  Depuis quelques temps je suis devenu un lecteur passionné du blog d’un « idiot attentif ».

  L’auteur de ce blog signe sous le pseudonyme de  Fiodor (l’autre)  et ainsi le titre du blog comme le pseudonyme de l’auteur nous ramènent dans le monde de l’un des plus grands, sinon du plus grand écrivain russe de tous les temps, c’est-à-dire Fiodor Dostoïevski. 

  Je partage beaucoup de choses avec Fiodor (l’autre). Avant tout la vocation religieuse et sacerdotale et surtout l’amour pour Dostoïevski et la façon de ce dernier de scruter les profondeurs de l’âme humaine. 

  Le philosophe russe Nicolas Berdiaev (1874-1948) dans l’introduction à son œuvre « l’esprit de Dostoïevski » a écrit ces mots : « Dostoïevski a été décisif dans ma vie spirituelle. Encore jeune garçon, j’en ai ressenti l'influence. Il secoua mon âme plus que tout autre écrivain et penseur. J'ai toujours divisé les hommes en hommes de Dostoïevski et en hommes étrangers à son esprit ...

   L'idée de la liberté a toujours joué un rôle fondamental dans mon intuition et ma conception religieuse du monde, et dans cette intuition initiale de la liberté,  j'ai trouvé en Dostoïevski ma patrie spirituelle. »

  Nicolas Berdiaev arrive à dire dans l’œuvre citée ci-dessus qu’après Dostoïevski l’homme :

« …est entré dans un âge différent, plus mûr spirituellement. L'anthropologie chrétienne, profondément chrétienne de Dostoïevski se distingue désormais de l'anthropologie patristique…    L'homme n'est pas devenu meilleur ou plus près de Dieu, mais son âme est devenue infiniment plus complexe et sa conscience plus aiguë. La vieille âme chrétienne connaissait le péché, et tombait dans les mains du diable. Mais il ne connaissait pas ce dédoublement de la personnalité humaine, que connaît l’âme étudiée par Dostoïevski

  Il serait difficile de guérir l'âme contemporaine de ses maladies spirituelles seulement avec les médecines anciennes. Dostoïevski l’a compris. »

  L’image de l’homme, et par conséquent l’image de Dieu, qui ressort des personnages de Dostoïevski sont, encore aujourd’hui, quelque chose de scandaleux pour beaucoup de chrétiens, mêmes religieux et mêmes assomptionnistes.    

  Dans les personnages de Dostoïevski est mise en évidence l’antinomie (contradiction, opposition entre deux idées, deux réalités) typique de la spiritualité de la Tradition Orientale. Là où il y a les ténèbres les plus obscures se trouve aussi la lumière la plus éclatante ; là où le mal semble triompher, l’amour de Dieu est à l’œuvre et s’offre à la liberté de l’homme qui peut l’accueillir ou  le refuser.

 

« …Et quand Il en aura fini avec les autres, alors Sa parole s'élèvera vers nous: 'Sortez, Il dira, à votre tour! Sortez, vous les petits ivrognes, vous les très faibles, sortez, vous qui vivez dans la fange! »

  Et, là, nous tous, nous sortirons, sans avoir honte, et nous nous lèverons. Et Il dira:

   'Porcs que vous êtes! À l'image de la bête et de son sceau; mais, vous aussi, venez à moi!' Et les très sages, alors, diront, oui, ils diront, les raisonnables:

  'Seigneur, ceux-là, pourquoi les accueillir?'

  Et Il dira: 'Si je les reçois, vous les très sages, si je les reçois, vous les raisonnables, c'est que personne d'entre eux ne se croyait digne d'être reçu...'

  Et il tendra vers nous ses mains, et, nous, nous tomberons... et nous pleurerons... et nous comprendrons tout! Alors, oui, nous comprendrons tout!... Et tout le monde comprendra (…) O mon Dieu, que Votre règne arrive!' (http://un-idiot-attentif.blogspot.be/2011/01/la-plus-belle-priere.html)

   Dostoïevski était profondément chrétien, chrétien de tradition orthodoxe. La lecture de ses romans est un voyage difficile et quelques fois  douloureux, dans les ténèbres et les contradictions du cœur de l’homme.  Cependant ce voyage est indispensable pour témoigner du Christ et de son Royaume auprès de l’homme d’aujourd’hui.

   Du monde orthodoxe et de sa culture nous avons beaucoup à apprendre soit du point de vue anthropologique (de la connaissance de l’homme) soit par conséquence du point de vue théologique (de la connaissance de Dieu par apport à l’homme).

   Merci à Fiodor (l’autre) que à travers son blog nous donne l’envie de connaitre davantage la richesse et la profondeur de la culture  dont la Tradition Orientale de l’Eglise est à l’origine et en même temps se nourri.

   Cela nous permets de découvrir comme le visage du Christ tout en restant toujours le même  se montre de façon  toujours nouvelle a ceux qui le cherchent en profondeur. 

« O mon Dieu, que Votre règne arrive! »

 

L'art du regard 

 

"Le peintre d'icônes byzantines, après avoir prié et jeûné,  prépare la table de bois avec quelques couches de craie blanche.

Quand le fond est lisse et blanc, il étend sur toute la table une feuille d'or.

   C’est comme étendre la lumière devenue matière.

C’est comme mettre l'éternité devenue solide.

   Et c’est seulement quand la table habillée de lumière est devenue lumineuse, que le peintre étend, en couches successives, la couleur et les figures.

   L'icône byzantine est notre image, notre icône. Nous sommes faits ainsi, comme des images peintes par Dieu sur un fond d'or.   

   Sous une apparence obscure ou joyeuse, chaque homme, surgit d'un fond d'or, lumineux et précieux, qui est sa ressemblance avec Dieu.

   La vie, c’est ceci: la joie et la fatigue de libérer toute la beauté que Dieu a mis en nous, libérer toute la lumière qui est ensevelie en nous.

   Chemin libérant et ascendant, chemin positif et transfigurant; et enfin, chemin de bonheur…

   Là où la couleur est partie, là où il y a eu une rayure ou une blessure, ce n’est ne pas  le vide qui apparaît, mais l'or.

   La chute des fragments, la fragilité, le péché deviennent une brèche à travers laquelle peut apparaître notre or profond",

 

(Ermes Ronchi, “Ha fatto risplendere la vita”, Servitium.)

 

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